la montagne, ça vous gagne

Eh
Ça fait longtemps qu’on s’était pas croisé, hein.
C’est bête, mais j’aurais aimé qu’on se retrouve dans de meilleures circonstances, que j’ai prévu ce que j’allais te dire.
Mais la vie est imprévisible, n’est-ce pas?
Je suis désolée de pas avoir trop eu de temps pour toi. J’avais l’impression qu’on s’apportait plus grand chose mutuellement. Je crois que j’avais tort. Ça fait du bien que tu sois là.
Souvent j’ai envie de te raconter des trucs, mais c’est jamais assez bien. Et plus le temps passe plus c’est dur d’être à la hauteur. Je peux pas revenir vers toi pour te parler de la pluie et du beau temps. Sans doute que je suis trop exigente avec moi-même, mais dans un sens tant mieux. On évite le small talk comme ça. Quoiqu’aujourd’hui ça vole pas très haut.
J’ai juste besoin de parler, je crois, et toi tu ne me juges pas. J’ai toujours dit qu’on se lassait de tout. Qu’il y avait toujours un moment où le changement devenait vital, ou l’on n’en pouvait plus. Que jamais rien ne pouvait se construire pour toujours. J’ai changé d’avis.
Ça fait 60 ans qu’ils étaient ensemble. Et ils continuaient de s’aimer, plus que tout. Et ils continuent de s’aimer aujourd’hui, si je puis dire ainsi. Je sais que tu comprends pas de qui je parle, mais je suis pas sûre que ce soit le plus important. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’amour ça existe. Dans la vraie vie, je veux dire, pas que dans les films.
Ils se sont vus trois fois avant qu’il parte en Algérie. Il aurait pu ne pas revenir, mais il l’a fait. Peut-être que leur correspondance épistolaire, ça l’a maintenu en vie. Ils se sont mariés, après. Je vous mettrais bien des photos mais chercher ça va me faire pleurer.

Je pourrais continuer à parler longtemps, jusqu’à ce que tu tombes de fatigue et que mes phrases ne ressemblent plus qu’à un alignement infini et insensé de mots.
Mais je crois que tu as compris.
Il faut relativiser. On s’en fout du DS de maths lundi qu’on a pas révisé parce qu’on a préféré voir sa famille et déprimer sur des souvenirs d’enfance. On s’en fout mais royalement.
Il faut profiter des gens, et surtout des moments.
Je sais, je suis bien gentille avec mon discours moralisateur à la noix, après deux mois (plus?) d’ignorance.
Mais je t’ai pas oublié, tu sais.
Et j’ose espérer que toi non plus.
Voilà, c’était confus, mais émotions obligent.
Je t’aime.

Et pour le titre, qui vous a peut-être fait esquisser un sourire, c’est parce que mon grand-père, à qui je dédie cet article, considérait la montagne comme une famille adoptive. Et je l’ai aussi adoptée.

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