traîner son las

J’ai mis un certain temps à trouver le mot qui pourrait définir mon « mood ».
J’aurais pu céder à la facilité avec un simple vide, qui ne demande pas d’explications, ou triste, qui englobe un peu tout et rien.
Mais ce n’est pas tout à fait ça, et je cherchais la nuance, l’adjectif exact, parce que la précision sur les termes, c’est important.

C’est fade.
Le mot approprié, celui qui décrit presque à la perfection ce que je ressens régulièrement ces derniers temps.
Je n’ai plus goût aux choses. Je ne dis pas ça comme si j’étais à deux doigts de me jeter par la fenêtre (quoique) mais tout simplement parce que c’est le bilan que je fais de cette nouvelle année.
Il y a cette lassitude qui m’habite et me prend soudainement, et alors plus rien n’a de sens, plus rien n’a d’intérêt. En soirée, je mets de la musique sans être capable de danser dessus. Je me sers des shots en imaginant qu’ils me donneront une illusoire énergie et envie. Mais je ne trouve même pas la force de les porter à mes lèvres, je me rabat sur un jus multifruits qui passe dans ma gorge et mon œsophage sans même que j’en sente la texture ou la saveur.
Même regarder des séries ou des vidéos youtube est devenu insipide. Peut-être que je l’ai trop fait, peut-être que j’ai épuisé mon stock d’émerveillement et de naïveté. Que je ne découvre plus rien.
Et alors que j’adorais les journées de mon enfance passées au lit, me voilà aujourd’hui malade et je n’ai le désir de rien. Je pourrais faire un marathon Toy Story, manger n’importe quoi, dormir pendant 12h, mettre de la musique à fond mais je me morfonds.
Même pleurer n’est pas libérateur. Ma toux est sèche, mes larmes aussi, et je n’attends rien.
Souvent les gens s’accrochent à un projet, un évènement, quelque chose jusqu’auquel ils doivent survivre, quelque chose qui vaut le coup.
J’ai l’impression que tout ce qui m’attend en 2017 est angoissant: des examens, la potentielle mort de ma grand-mère, une opération chirurgicale. Rien qui ne me donne envie de me lever, de me traiter, d’aller mieux.
Et je suis égoïste, alors je ne prends que très rarement la peine de faire semblant.
J’ai peur d’être contagieuse. D’enlever aux autres leurs sens, la saveur de leurs plats.
Je sais qu’il faudrait faire des efforts, sourire un peu plus, positiver, donner de la valeur aux choses. Mais ces choses ne m’atteignent pas. Les bonnes notes, le soucis qu’on se fait pour moi, le mal que je fais aux autres. Un instant j’y pense et celui d’après j’ai déjà oublié.
Il y a quelques minutes je pleurais parce que tel personnage était mort, puis parce que cette chanson était quand même drôlement triste. Maintenant j’ai retrouvé un visage fermé, et même les gifs de chats mignons sur Twitter ont du mal à m’arracher un sourire.
Je vis sur le court terme. J’attends mon amoureux, qui viendra prendre soin de moi après les cours, et après cela, plus rien. Il y a bien nos 6 mois vendredi prochain, cette soirée au théâtre dans une semaine, les soldes, mais est-ce que j’en ai vraiment quelque chose à foutre?
Les gens autour de moi vont mal, le ciel est gris (les sapins dessinent…), alors pourquoi sortir de ce lit? Mieux vaut trouver une grotte et y hiberner jusqu’au retour du beau temps.

Ma salive est sucrée, mon corps est tiède; je me sens fade. (Sartre, La Nausée, 1938)

Mes jours comme mes nuits sont en tout point pareils. Sans joie et plein d’ennui. (Françoise Hardy, Tous les garçons et les filles, 1962)

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